Un nouvel article sur le mariage coutumier au Gabon, extrait de la revue Gabon Magazine :
"L'évolution des moeurs, les mariages inter-ethniques, les apports extérieurs, la non transmission des usages traditionnels aux nouvelles générations font que le mariage traditionnel, qui est encore très vivace au Gabon, tend progressivement à ne plus avoir de repères précis et donne lieu à des déviations dont souvent, les pratiques vont tout à l'encontre des fondements, de la symbolique et valeurs originels.
Le mariage, en effet, tend à devenir d'une part, comme dans la société occidentale, l'affaire d'un couple qui décide de s'unir légalement, et d'autre part, l'occasion pour les parents de la femme de faire de la surenchère. Or dans la tradition, le mariage était, avant tout, une alliance de clans, de familles et accessoirement d'individus.
Les mariages arrangés étaient parfaitement compatibles, cohérent avec cette fonction. Ils avaient ainsi un caractère politique. Un polygame était considéré comme un homme puissant car il avait de nombreux alliés (ses multiples belles-familles), utiles en cas de conflit, et de nombreux enfants, utiles, eux, pour les différents travaux et pour élargir encore plus le réseau des alliances. On peut supposer que la famille élargie prend sa source dans cet ordre. Par conséquent, chacun, de façon inaliénable, appartient à une famille, à un clan.
Socialement, le mariage vient mettre un terme au célibat qui est plutôt mal perçu dans la tradition, bien qu'un père puisse décider d'y maintenir sa fille pour diverses raisons. Encore de nos jours quelle que soit la situation qu'il ou elle peut occuper, le ou la célibataire n'atteint jamais le degré de respectabilité qui est réservé au marié ou à la mariée. D'autant que, dans la société patrilinéaire, il n'a pas de descendance légale, la filiation étant adossée au versement de la dot. C'est à dire que socialement dans le cadre de la tradition, le mariage peut être assimilé à un rite de passage dans le sens d'une maturation que confère l'acquisition de rôles et de fonctions nouveaux. Un individu appartient à un clan. Mais c'est le mariage qui lui confère une distinction et une place dans la société, dès qu'il fonde son nda bot, sa maison et donc qu'il créé les fondements d'un lignage.
De nos jours encore, la fracture entre le célibat et le mariage est perçue comme étant la différence entre le fait ne n'être pas responsable et le fait de l'être.
Il existe deux étendues du mariage dans la tradition : le mariage endogamique qui consiste à épouser un membre de sa famille et le mariage exogamique, qui consiste à épouser un membre d'une famille, d'un clan ou d'une tribu autre que les siens. Par conséquent, les limites de l'interdit varient selon les groupes ethniques ou selon les cas.
Le mariage endogamique est plutôt relatif. Chez les patrilinéaires, un homme peut, après tractation, épouser un membre du clan de sa mère, pourvu qu'ils n'aient pas de lien de sang. Chez les matrilinéaires, plus particulièrement dans le Haut-Ogooué, les époux peuvent avoir des liens de parenté plus proches tels que décrits dans le cas de obahayi et ondala.
L'obahayi est un mariage négocié par les parents ou par les membres de familles amies. Dans le mariage négocié par les parents, il fallait être de la même ascendance en respectant bien les générations. Il fallait attendre après 2 générations pour éviter la maladie du sang qui s'appelait mbala. Les cousins et les cousines de la troisième générations pouvaient bien se marier entre eux sans problème. mais l'inceste entre frères et soeurs, considéré comme un crime odieux, était réprimandé par la coutume et méritait même la peine de mort.
L'ondala est un mariage entre les grands parents et les petits enfants. Celui-ci était un peu forcé, car le plus souvent, on imposait à la jeune feille un vieux parent qu'elle n'acceptait pas facilement.
Le mariage exogamique tire ses fondements du fait de l'organisation sociale qui accorde une place et un statut précis à chacun d'une part, et d'autre part, à l'extension des réseaux d'alliances. Le mariage étant avant tout une alliance de clans et de familles, les partenaires ne sont pas des individus, mais des clans. Dans la tradition, on considère par exemple que sa fille est en mariage chez les Mebane ou que son fils a épousé une Baboumbi. Celle qui a épousé un Mebane est une épouse Mebane et non la femme de tel ou tel Mebane en particulier. Elle appartient désormais à ce clan.